CABINET Mohamed BRAHIMI , Avocat Bienvenue sur le site de Maitre Mohamed BRAHIMI, Avocat. Vous y trouverez un blog dédié à la pratique judiciaire et à la vulgarisation du droit

Entrée en vigueur imminente de l’Accord d’association Algérie-UE

mohamed brahimi Par Le 08/10/2019

 

  Image union europeenne

Dans le cadre  du processus de Barcelone et du  partenariat Euromed, lancé en novembre 1995  à l’initiative de l’Union européenne  visant à rapprocher celle-ci des pays de la rive sud de la Méditerranée avec pour objectif  de «construire ensemble un espace de paix, de sécurité et de prospérité partagée », un Accord d’association UE- Algérie  tendant à créer une zone de libre échange et qui  prévoit de « fixer les conditions de la libéralisation progressive des échanges de biens, de services et de capitaux » a    été paraphé à Bruxelles  le 19 décembre 2001  et signé à valence ( Espagne) le 22 avril 2002 lors du sommet euroméditerranéen.Cet Accord a été ratifié par l’Algérie par décret présidentiel n° 05-159 du 27 avril 2005  .Cet Accord est entré en vigueur le 1er septembre 2005.

 

La création  de la zone de libre échange entre l’UE et l’Algérie  à travers  un démantèlement total mais progressif des tarifs douaniers devait  initialement s’achever à l’horizon 2017et ce, en trois étapes. Vu la  faiblesse de l’économie algérienne, la partie algérienne avait demandé dès l’année 2010  la négociation d’un report du démantèlement tarifaire qu’elle a obtenu en 2012. Un accord avait été trouvé sur un nouveau schéma de démantèlement tarifaire  . Cet accord a de fait repoussé la date de l’établissement de la zone de libre-échange à l’année 2020.

Dans quelques mois donc ,la partie algérienne doit respecter ses engagements et libérer totalement les échanges  des biens , services et capitaux avec les pays de l’Union européenne .Comme d’habitue , à chaque fois que la date butoir fixée par les deux parties pour appliquer dans son intégralité l’Accord d’association arrive à terme  , des voix  de tous horizons notamment celles de certaines organisations patronales s’agitent pour critiquer cet Accord et demandent  soit un énième report soit carrément son  annulation. C’est ainsi que le président  de l’association nationale des exportateurs algériens a  déclaré dans un récent entretien accordé à certains medias que «  l’Accord d’association de libre-échange avec l’UE est un désastre pour l’économie nationale ».Il justifie cette sentence par le fait que cet Accord n’est pas en faveur de l’Algérie dont l’économie est dépendante des seules hydrocarbures.

En fustigeant l’Accord  de libre échange, le président  de  cette association  est dans son rôle puisque apparemment seule la préservation des intérêts des entreprises qu’il représente  l’intéresse  en omettant volontairement de mentionner le coté positif de cet Accord .Mais est-il exact que cet Accord est préjudiciable à la partie algérienne et à son économie ?

Les analystes  qui ont abordé la question évacue de bonne ou de mauvaise foi  le fait que l’application de l’Accord de libre échange avec l’UE profitera en premier lieu au citoyen algérien puisque  le démantèlement tarifaire des biens et services prévu par cet Accord induira automatiquement la baisse drastique des prix des produits concernés par ce démantèlement notamment les produits agricoles transformés et autres marchandises. Le consommateur algérien  aura ainsi  à sa disposition des biens , des marchandises et des prestations  en quantité et en qualité provenant de l’Union européenne et à moindre coûts par rapport aux produits locaux.De ce point de vue un tel Accord ne peut être que positif pour le simple citoyen.

Il est incontestable que l’application de l’Accord d’association dans son intégralité à l’horizon 2020 pourra poser des problèmes au niveau macro-économique , mais l’Algérie est-elle en mesure de se passer d’un tel Accord  , et est-il dans  son intérêt de reporter indéfiniment  les réformes structurelles et douloureuses  mais seules susceptibles de créer une économie performante, concurrentielle et créatrice de richesses ?

Tout d’abord  l’Accord d’association ayant été ratifié par l’Algérie, il acquiert force exécutoire  quant aux obligations qui y sont définies. Il constitue donc une convention internationale qui est supérieure à la loi interne  conformément à l’article 150 de la Constitution. En application de cet Accord , l’Algérie est tenu de respecter ses engagements sous peine de se voir appliquer des mesures de rétorsion ou de compensation prévues par cet Accord.L’Algérie peut bien sûr dénoncer cet Accord , mais ce   serait là  un signal négatif vis à vis des autres partenaires de l’Algérie et qui plus est aurait un effet dévastateur sur l’image et la crédibilité du pays.

Contrairement à l’idée reçue  et propagée , l’Accord d’association Algérie-UE ne se limite pas  uniquement à la création d’une zone de libre échange mais intègre aussi  bien le volet économique  que les dimensions politiques , sociales et culturelles  nécessaires à un développement durable. Les parties signataires ont  pris soin de prévoir  des mesures d’accompagnement  tout au long de l’exécution de l’Accord .Ainsi par exemple des mesures antidumping, de sauvegarde ou de compensation   ont été prévues dans le seul but de protéger    la production  de la partie algérienne .

 L’Accord  d’association ayant été signé en 2002 et ratifié en 2005 c’est à dire depuis   plus de 17 ans, les entreprises algériennes autant privées que publiques avaient largement le temps de se préparer à cette échéance de  2020  mais apparemment  au vu de la récente déclaration  du représentant des entreprises exportatrices  algériennes c’est toujours la mentalité du moindre effort et de la rente  qui perdure. Cette position négative est  d’autant plus critiquable que l’organisation que  préside  ce représentant faisait  elle-même partie de la commission technique de suivi et d’évaluation de la mise en œuvre de l’Accord  instituée par le ministère du commerce  à coté d’autres organisations à l’instar de la Confédération nationale du patronat, la Confédération des industriels et des producteurs algériens, la Confédération générale des operateurs économiques algériens ,l’Union nationale des entrepreneurs publics, l’Association générale des entrepreneurs algériens et bien d’autres.

L’entré en vigueur de l’Accord d’association dans son intégralité  devra  forcer la main au gouvernement  pour  lancer enfin et une bonne fois pour toutes les réformes structurelles nécessaires à même d’insérer l’Algérie dans l’économie mondiale où seule le marché et l’efficacité priment.Jusqu’ici la politique économique de l’Algérie est à contre-courant des règles contenues dans l’Accord d’association .La règle des 51/49 instaurée par le gouvernement en 2009 , l’institution  du crédit documentaire et les restrictions diverses à l’importation décidées unilatéralement ont porté un coup sévère  à cet  Accord et ont décrédibilisé les interlocuteurs de l’Union européenne   .

Aujourd’hui alors que l’Algérie est entré de plein fouet  dans une crise économique induite par la chute des cours du pétrole et par une économie moribonde dépendante  exclusivement des hydrocarbures qui s’assèchent  inexorablement , et après l’échec du financement non conventionnel , il est aujourd’hui beaucoup question du recours à l’endettement extérieur pour réduire le déficit et permettre la relance de l’investissement .Il va sans dire que ce financement externe notamment le recours au FMI ou à la Banque mondiale ne peut être envisagé sans que l’Algérie procède à des réajustements structurels qui vont dans le sens d’une libéralisation de l’économie. L’abandon de la règle 51/49 dans la loi de finances pour 2020 et la nouvelle loi sur les hydrocarbures plus libérale constituent les premières mesures concrètes remettant en cause la politique protectionniste poursuivie jusqu’ici.Ces deux institutions financières internationales  seront certainement  très attentives à ce que décidera le gouvernement algérien quant à l’application effective de l’Accord d’association avec l’Union européennes à l’échéance 2020 et c’est  à l’aune du  respect cette échéance  qu’elles aviseront.

Par Maitre Mohamed BRAHIMI

Avocat